Dimanche, 15 Janvier 2012 19:50
Édito de Serge Barcellini, Contrôleur Général des Armées, Directeur de la Mission Histoire du Conseil Général de la Meuse.
Voilà venu le temps du Centenaire
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1000 jours. Nous sommes à 1000 jours de début du Centenaire de la Grande Guerre (7 novembre 2011 - 3 août 1914). Partout les acteurs de mémoire se sont réveillés. Les nations, les régions, les départements, les communes, les associations. Le millésime du Centenaire s’annonce excellent. Il s’annonce aussi totalement novateur. |
Des nations sont en train de redécouvrir « leur » Grande Guerre. Les pays d’Europe de l’Est : Russie, Pologne, Roumanie, Bulgarie… qui avaient enfouis 14-18 derrière 39-45. D’autres nations vont encore accroître leur enracinement mémoriel identitaire dans la Grande Guerre : le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande… D’autres nations encore vont inscrire la mémoire de la Grande Guerre dans un jeu de reconnaissance diplomatique : la Serbie, la Turquie, la Flandre. Le Centenaire sera mondialisé.
Novateur à l’échelon français
La mémoire avance par grands anniversaires décennaux : 1936, le 20ème anniversaire de la bataille de Verdun, marqué par un grand rassemblement franco-allemand ; 1954, le 40ème anniversaire de 1914, marqué par une cérémonie à la gare de l’Est ; 1964-1966 et 1968, les « grands anniversaire gaulliens » ; 1984-1986 et 1988, la tentative de refondation des commémorations.
Dans cette histoire mémorielle française le Centenaire aura une place à part. Il marquera un tournant.
Avant, l’Etat était seul aux commandes. Rappelons-nous le 50ème anniversaire avec l’investissement personnel du Général de Gaulle. L’Etat définissait, organisait, finançait.
En 2014, le schéma sera bien différent. L’Etat devra composer avec les collectivités territoriales (les communes, les départements, les régions), avec les historiens (qui désormais s’imposent comme les chevilles ouvrières de comités scientifiques) et les associations.
Le financement du Centenaire proviendra majoritairement des collectivités territoriales.
Ce tournant comporte deux risques majeurs : d’une part celui d’exacerber les concurrences entre les collectivités territoriales. Alors que le musée de Meaux ouvre ses portes, 4 autres musées annoncent leur rénovation : l’Hartmannswillerkopf en Alsace, le Mémorial de Verdun en Meuse, la Caverne du Dragon dans l’Aisne, l’Historial de Péronne dans la Somme, avec l’ardente obligation de recruter de nouveaux visiteurs. D’autre part celui d’accentuer la « marchandisation » de la Grande Guerre. Le tourisme de mémoire peut rapidement marginaliser le souvenir.
Face à ces deux risques, il est nécessaire de construire des dossiers transversaux comme l’inscription au classement Unesco des sites et paysages de mémoire de la Grande Guerre et la mise en ligne des 8,5 millions de fiches signalétiques et des services des combattants de la Grande Guerre. Mais au-delà de cette nécessaire mobilisation des citoyens que portent en elles ces deux mesures, le Centenaire porte en lui le double risque de l’appropriation nationale par certaines nations et de la marchandisation dans les pays de « l’ancienne Europe »
Face à ce risque, nous avons besoin de l’Etat.
Pour l’ASFV avec l’aimable autorisation de Monsieur Serge Barcellini






